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Comment sont cultivés les légumes bio qui nous parviennent sur les étals des magasins bio ou des revendeurs des marchés ?

Toujours curieuse de la façon dont sont produits les aliments que je consomme, j’ai chaussé de bottes en caoutchouc pour aller à la rencontre de Thierry de Pierrepont, paysan et dirigeant de la PME qui porte son nom à Lessay dans la Manche (50) et dont je retrouve régulièrement les carottes ou les poireaux sur les étals à Paris. Entre deux commandes au téléphone, la supervision des tests d’une nouvelle machine à emballer et la panne de celle qui trie les carottes, il a répondu à mes questions avant de me faire visiter la laverie et surtout un tour dans les champs.

Depuis quand et pourquoi cultivez-vous des légumes bio ?

Mes parents étaient agriculteurs, ils cultivaient des légumes, des céréales et élevaient des animaux. Mes deux frères et moi avons repris l’exploitation familiale. Nous travaillions alors en conventionnel et ma prise de conscience a été progressive à partir de la fin des années 90 : j’avais envie de travailler plus en phase avec la nature. Or dans l’exploitation familiale, c’est moi qui étais en charge des traitements et j’ai commencé à développer des allergies. Par ailleurs, il devenait de plus en plus difficile de valoriser convenablement nos produits. En 2001, j’ai donc créé ma propre structure : j’ai racheté des terres dont les agriculteurs conventionnels ne voulaient plus et je me suis lancé en bio.

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Quels légumes bio cultivez-vous ?

Principalement des légumes racines :  navets, pommes de terre, céleris raves, radis noir, betteraves, panais et carottes bien sûr, mais aussi des poireaux, des oignons et  potimarrons.

Pour chaque espèce nous cultivons différentes variétés, ce qui nous permet d’avoir des légumes plus ou moins précoces et aussi de répartir les risques en cas de maladies ou d’attaques de parasites.

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Quelle est la taille de votre exploitation ?

J’ai 150 hectares au total dont 55 à 60 hectares de légumes.

C’est très grand, non ?

Nous sommes dans la moyenne supérieure des exploitations bio pour les légumes mais cela reste relativement petit si l’on compare aux exploitations maraîchères en Europe du Nord, au Danemark ou en Allemagne par exemple.

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Quelles techniques de culture utilisez-vous ?

Nous pratiquons la rotation des cultures sur 5 ans au minimum : entre les différents légumes mais aussi avec des céréales et des engrais verts comme la luzerne. Nous utilisons du fumier pour amender le sol.

Pour le désherbage, nous embauchons des saisonniers l’été pour sarcler les cultures.

Nous utilisons des purins de plantes et des huiles essentielles autorisées en agriculture biologique pour fortifier les plantes et prévenir ainsi les maladies. En bio, la prévention est très importante car on a peu de moyens d’agir lorsqu’une maladie ou une attaque de parasites est déclarée.

Les années humides propices aux champignons – et 2016 en est une – nous utilisons des traitements à base de sulfates et de cuivre, autorisés en agriculture biologique, en veillant à utiliser des formes et dosages les plus faibles possibles. Pour cela nous effectuons une surveillance très rapprochée des cultures pour intervenir le plus tôt possible aux doses les plus faibles possibles.

Des haies pour entretenir la biodiversité et des panneaux solaires couvrent 20 % des besoins de l'entreprise en électricité

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Matricaire et lamiers, jolies "mauvaises" herbes au bout des rangs de carottes

Matricaire et lamiers, jolies « mauvaises » herbes au bout des rangs de carottes

Nous irriguons en particulier juste après les semis. Vu le prix des semences, de 3000 à 5000€ par hectare, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des semences faute d’arrosage.

Je m’intéresse beaucoup à la recherche en bio et également à la permaculture, mais je ne pense pas que tout soit applicable pour nous vue les surfaces que nous avons.

Combien de personnes travaillent dans votre entreprise ?

Une vingtaine de personnes travaillent ici toute l’année : une secrétaire, un responsable de cultures, un mécanicien, des chauffeurs de tracteurs, une personne en charge de la laverie et de former et d’encadrer les saisonniers l’été et enfin des personnes chargées du nettoyage et du conditionnement des légumes. Et l’été nous embauchons une cinquantaine de saisonniers pour le désherbage.

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Nous passons dans la laverie où l’on s’affaire à préparer les légumes : ôter les racines des choux raves, nettoyer les poireaux et les carottes, mettre en cagette les légumes destinés aux maraîchers et aux grossistes, ensacher ceux qui sont destinés à la grande distribution.

Que deviennent les déchets et les légumes qui pas assez beaux pour la distribution ?

Les fanes et les déchets de poireaux notamment sont compostés sur champ et viennent enrichir le sol.

Les carottes cassées lors de l’arrachage ou du lavage sont récupérées pour être transformées en purée pour bébé dans une usine spécialisée à quelques kilomètres.

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Les légumes trop petits sont destinés à l’alimentation animale.

Nous recyclons également l’eau de lavage des légumes : elle est stockée et filtrée dans des lagunes.

Quels sont les circuits de distribution de vos légumes ?

Nous travaillons avec des grossistes bio, la grande distribution, et des maraîchers de l’ouest de la France : Calvados, Ile et Vilaine, Vendée principalement. Très localement, on dépanne aussi les maraîchers qui vendent leur propre production ou même les AMAP quand il leur manque certains légumes.

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On entend souvent dire que le bio de supermarché est de moins bonne qualité, or vous fournissez notamment la grande distribution…

Quand je me suis lancé en bio, il y a maintenant 15 ans, j’avais mes premières carottes à vendre et j’avais du mal à trouver des débouchés. C’est l’époque où Carrefour lançait une filière bio et j’ai commencé à travailler avec eux. Aujourd’hui la plupart des carottes bio vendues dans les magasins de l’enseigne en région parisienne viennent d’ici.

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Ce sont les mêmes carottes que je fournis à mes autres clients. La différence est qu’elles sont systématiquement lavées et emballées. Je ne peux pas me prononcer sur tout le bio en supermarché et c’est vrai qu’il faut regarder les étiquettes, voir d’où ça vient. Acheter bio au supermarché est souvent une première étape quand on commence à manger bio. Ensuite on essaie d’aller plus loin, de faire mieux, moins d’emballage, manger plus local.

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Mais je trouve pas si mal que mes légumes soient consommés dans un rayon de 350 km au plus de contribuer à l’initiation des consommateurs au bio par ce biais.

Merci Thierry de Pierrepont pour son accueil et sa disponibilité.

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4 réflexions au sujet de « Visite d’une exploitation maraîchère bio »

  1. Zévelyne

    Merci pour cette découverte des dessous d’une exploitation bio. Je suis impressionnée par la taille de l’exploitation car j’associe souvent bio = petite structure mais il est vrai que pour approvisionner les grandes surfaces il faut du rendement.
    A bientôt.

    Répondre
    1. Jessica Kroon Auteur de l’article

      Tout dépend où tu achètes tes produits bio, mais c’est sûr que pour fournir les grandes enseignes il faut « envoyer » comme on dit dans le milieu. Rien à voir avec les petits producteurs sur les marchés, si ce n’est tout de même une volonté de mieux faire pour l’environnement.

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